Dry needling en kinésithérapie : pourquoi cette technique fait débat

Le dry needling en kinésithérapie suscite régulièrement des interrogations. Récemment, un commentaire publié sur les réseaux sociaux a particulièrement retenu notre attention. Un « ostéopathe acupuncteur » s’interrogeait sur le fait que des Kinésithérapeutes puissent se former au dry needling avec le CHEM Santé.

Commentaire sur el dry needling - RS CHEM Santé

Cette réaction soulève finalement une question bien plus large que celle du dry needling lui-même.

À mesure que les professions de santé évoluent et que de nouvelles pratiques se développent, pourquoi certaines techniques continuent-elles à susciter autant d’interrogations ? S’agit-il d’une simple méconnaissance de ces pratiques ou de la volonté de préserver un champ de compétences historiquement associé à certaines professions ?

Le dry needling, de quoi parle-t-on exactement ?

Le dry needling est une technique utilisée dans la prise en charge de certaines douleurs et dysfonctions neuromusculosquelettiques.
Elle consiste à utiliser une aiguille sèche stérile à usage unique afin de stimuler certains tissus musculaires dans un objectif thérapeutique. Cette approche cible des zones hypersensibles dans le muscle, souvent responsables de douleurs locales ou référées (douleurs à distance du point palpé). Il s’agit d’inhiber le « trigger point » en piquant cette zone musculaire pour parvenir à soulager le patient. 
Les douleurs traitées par le dry needling sont dites « myofasciales » : elles proviennent des muscles et de leurs fascias (le fascia est l’enveloppe qui entoure un muscle ou un groupe de muscles). « Needling » fait référence aux aiguilles utilisées pour cette technique et « dry » signifie « sec ». En effet, on ne fait pas d’injection et l’aiguille ne transporte aucun médicament.

Dry needling = acupuncture pour kiné ?

Contrairement à une idée encore répandue, le dry needling ne relève pas de l’acupuncture.
Les deux techniques utilisent toutes les deux des aiguilles fines « sèches », certes, mais elles n’ont pas le raisonnement.

Le Dry needling : Son raisonnement repose sur l’anatomie, la physiologie, la biomécanique et l’évaluation clinique du patient.
Il s’inscrit dans une démarche de prise en charge globale et ne constitue qu’un outil parmi d’autres à la disposition du praticien.
Une technique qui s’appuie sur des connaissances solides

L’acupuncture : L’acupuncture est une pratique issue de la médecine traditionnelle chinoise ; cette méthode est fondée sur des concepts énergétiques.
L’acte d’acupuncture est considéré par la jurisprudence comme un acte médical. En conséquence, seuls les membres des professions médicales peuvent le pratiquer : médecins, chirurgiens-dentistes pour les actes en lien avec la chirurgie dentaire et sages-femmes pour les actes en lien avec l’obstétrique. les personnes n’appartenant pas au corps médical et pratiquant l’acupuncture peuvent être poursuivies pour exercice illégal de la médecine.

Pour être pratiqué en toute sécurité, le dry needling nécessite une excellente connaissance de l’anatomie, de la physiologie et des structures traversées par l’aiguille.
Il exige également une évaluation rigoureuse du patient, une identification des indications et contre-indications ainsi qu’une parfaite maîtrise des règles d’hygiène et de sécurité.
Comme de nombreuses techniques utilisées dans le domaine de la santé, le dry needling ne se résume donc pas à un geste.
Il repose avant tout sur les compétences du professionnel qui le met en œuvre et sur sa capacité à l’intégrer dans une prise en charge adaptée au patient.

Les Kinésithérapeutes peuvent-ils pratiquer le dry needling ?

Face aux interrogations que suscite parfois cette technique, il est légitime de se poser la question.

En France, seuls les Kinésithérapeutes peuvent pratiquer cette technique. Cette technique bénéficie d’un cadre réglementaire depuis 2017, année qui a marqué son autorisation pour les kinésithérapeutes sous réserve d’une formation dédiée. En 2022, le Conseil d’État confirme que cette technique fait partie des compétences du kinésithérapeute. Si l’institution ne mentionne pas de formation spécifique obligatoire, elle la recommande fortement pour des raisons de sécurité.

Dans un article publié par le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, l’Ordre rappelle que les Kinésithérapeutes peuvent pratiquer le dry needling dès lors qu’ils en ont acquis la compétence et qu’ils respectent les règles déontologiques de la profession.
L’Ordre précise notamment que cette pratique doit s’inscrire dans le cadre des compétences du Kinésithérapeute et reposer sur une formation adaptée garantissant la sécurité du patient.

« Les Kinésithérapeutes peuvent pratiquer le dry needling dès lors qu’ils en ont acquis la compétence dans le respect des règles déontologiques de la profession. » – Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes

Le dry needling fait aujourd’hui partie des techniques ayant fait l’objet de travaux scientifiques dans le champ des douleurs et dysfonctions neuromusculosquelettiques.
Comme toute intervention thérapeutique, ses indications, ses limites et son intérêt clinique continuent d’être étudiés et discutés au regard de l’évolution des connaissances scientifiques.
Cette exigence de validation scientifique est d’ailleurs cohérente avec les valeurs portées par la profession de Kinésithérapeute.

Une profession engagée contre les techniques illusoires

La profession de Kinésithérapeute est particulièrement engagée dans la lutte contre les techniques illusoires et les dérives thérapeutiques.
Le Conseil national de l’Ordre publie régulièrement des ressources destinées à promouvoir des pratiques fondées sur les données acquises de la science et à protéger les patients.

Il ne faut pas oublier que la grande majorité des masseurs-kinésithérapeutes ont intégré leur formation après une première année d’études en santé particulièrement sélective et éxigente. Cette formation leur permet d’acquérir de solides bases en anatomie, physiologie, biomécanique et sciences médicales.
Le Diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute complète ensuite ce parcours par cinq années d’études supérieures associant enseignements théoriques, raisonnement clinique, stages hospitaliers et prise en charge de patients présentant des pathologies variées.

Dès lors, il peut paraître paradoxal de remettre en question la légitimité d’un Kinésithérapeute à se former au dry needling alors même qu’il s’agit d’un professionnel de santé diplômé d’État, soumis à un code de déontologie, à une obligation de formation continue et dont la pratique est reconnue par l’Ordre dès lors qu’il en a acquis les compétences nécessaires.

Pourquoi cette technique fait-elle débat ?

Si le dry needling suscite encore des réactions, c’est sans doute parce qu’il touche à plusieurs sujets sensibles à la fois : l’usage d’aiguilles, la frontière entre certaines pratiques, l’évolution des compétences professionnelles et la perception du champ d’intervention de chacun.

Le fait qu’une technique utilise une aiguille peut naturellement créer une confusion avec l’acupuncture, alors même que les deux approches ne reposent pas sur les mêmes fondements, ni sur le même raisonnement clinique.

Le débat vient aussi du fait que les professions de santé évoluent. Certaines pratiques, autrefois associées à un nombre restreint de professionnels, peuvent progressivement être intégrées par d’autres métiers lorsque cela s’inscrit dans leur champ de compétences, dans un cadre réglementaire clair et avec une formation adaptée.

C’est précisément le cas du dry needling en kinésithérapie.

Cette évolution peut parfois être perçue comme une remise en cause ou comme une forme de « chasse gardée » autour de certaines techniques. Pourtant, la question ne devrait pas être de savoir à qui « appartient » une technique, mais dans quelles conditions elle est utilisée, avec quel niveau de formation, quelle validation scientifique et quelle place elle occupe dans la stratégie thérapeutique du patient.

Au fond, le débat autour du dry needling rappelle une réalité plus large : dans un système de santé en mouvement, les outils évoluent, les compétences se renforcent et les pratiques doivent toujours être interrogées à la lumière de la science, de la sécurité et de la qualité des soins.

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