Premiers secours en santé mentale : savoir aider sans s’oublier

Un patient qui semble profondément déprimé. Un collègue dont le comportement change. Un proche qui traverse une crise d’angoisse. Une personne qui évoque des idées suicidaires…

Face à la souffrance psychique, même lorsqu’on est professionnel de santé, il n’est pas toujours simple de savoir comment réagir.

Comment engager la conversation ? Quels signes doivent alerter ? Que dire sans être intrusif ? Comment apporter une première aide ? Et comment reconnaître les limites de son intervention pour orienter vers les bonnes ressources ?

Comme pour les premiers secours physiques, certains réflexes peuvent s’apprendre.

C’est tout l’objectif des Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) : acquérir des repères pour mieux identifier une personne en difficulté, adopter une attitude adaptée et l’accompagner vers une aide professionnelle.

Pour les professionnels de santé, cette compétence peut aussi inviter à porter un regard différent sur la santé mentale… y compris la leur.

Premiers secours en santé mentale : de quoi parle-t-on ?

Le principe des Premiers Secours en Santé Mentale est comparable à celui des gestes de premiers secours physiques : apporter une première aide en attendant qu’une prise en charge professionnelle adaptée puisse intervenir.

Le programme permet notamment de mieux connaître les troubles psychiques, d’en repérer certains signes et d’apprendre les conduites à tenir lorsqu’une personne rencontre un problème ou traverse une crise de santé mentale.

En France, le programme PSSM est adapté du programme international Mental Health First Aid, né en Australie en 2000. Son déploiement est soutenu par les pouvoirs publics dans une logique de promotion de la santé mentale et de déstigmatisation des troubles psychiques.

Le rôle du secouriste est essentiel, mais clairement défini : il ne pose pas de diagnostic et ne se substitue ni au soin ni aux professionnels spécialisés.

Il apporte une première aide : repérer, écouter, rassurer, informer et encourager la personne à se tourner vers les professionnels et les ressources appropriés.

Face à une personne qui ne va pas bien, savoir comment agir

Lorsqu’une personne manifeste une souffrance psychique, la bonne volonté ne suffit pas toujours.

Faut-il lui poser des questions ? Attendre qu’elle parle ? Essayer de la rassurer ? Lui conseiller de consulter ? Que faire si la situation semble urgente ?

Cette incertitude peut conduire à ne pas intervenir, par peur de mal faire.

La formation aux Premiers Secours en Santé Mentale apporte justement une méthode et des repères concrets pour ne pas rester démuni.

Le programme PSSM Standard aborde notamment les troubles dépressifs, les troubles anxieux, les troubles psychotiques et les troubles liés à l’utilisation de substances, ainsi que différentes situations de crise.

Il enseigne également un plan d’action structuré, AÉRER® :

Approcher la personne, évaluer et assister en cas de crise ;
Écouter activement et sans jugement ;
Réconforter et informer ;
Encourager à aller vers des professionnels ;
Renseigner sur les autres ressources disponibles.

L’objectif n’est donc pas de devenir spécialiste de la santé mentale, mais de pouvoir se dire :

« Je repère quelque chose. Je sais comment entrer en relation. Je peux apporter une première aide. Et je sais vers qui orienter. »

Une compétence particulièrement pertinente pour les professionnels de santé

Prendre soin des autres est au cœur des métiers de la santé.

Pour autant, être professionnel de santé ne signifie pas nécessairement avoir été formé à faire face à toutes les manifestations de souffrance psychique.

Selon sa profession et son exercice, on peut se sentir parfaitement compétent dans son champ clinique et beaucoup moins à l’aise lorsqu’un patient, un collègue ou un proche exprime une détresse psychologique.

Développer des compétences en premiers secours en santé mentale permet alors de compléter sa posture professionnelle : mieux repérer, mieux écouter et mieux orienter.

Et cette compétence ne concerne pas uniquement la relation avec les patients.

Dans un cabinet, un établissement, une maison de santé ou une équipe pluriprofessionnelle, elle peut également contribuer à développer une culture dans laquelle il devient plus naturel de parler de santé mentale et de ne pas banaliser certains signes de souffrance.

Savoir repérer chez l’autre… et devenir plus attentif à soi

C’est peut-être une dimension moins évidente de cette formation.

Apprendre à mieux comprendre la santé mentale peut aussi nous amener à porter un autre regard sur notre propre situation.

Les professionnels de santé sont quotidiennement tournés vers les besoins des autres. Cette posture peut parfois conduire à minimiser ou à banaliser ce qu’ils ressentent eux-mêmes.

  • Une fatigue qui s’installe.
  • Une anxiété qui devient plus présente.
  • Une irritabilité inhabituelle.
  • Des difficultés à récupérer.
  • Un changement de comportement.
  • Ou simplement le sentiment de ne plus parvenir à faire face comme auparavant.

Pris isolément, ces signes ne permettent évidemment pas de poser un diagnostic. Mais développer ses connaissances en santé mentale peut contribuer à ne pas systématiquement banaliser les changements que l’on observe, chez les autres comme chez soi.

Il ne s’agit pas de devenir son propre thérapeute.

Il s’agit plutôt de développer une forme de vigilance : reconnaître qu’une difficulté existe, accepter que certaines situations nécessitent de l’aide et connaître les ressources vers lesquelles se tourner.

Savoir aider ne signifie pas devoir tout porter

Cette notion est particulièrement importante dans les métiers du soin.

Lorsqu’on a l’habitude d’aider, on peut parfois avoir le sentiment qu’il faut trouver une solution, être disponible ou réussir à gérer soi-même la situation.

Or les Premiers Secours en Santé Mentale définissent aussi les limites du rôle du secouriste.

Son rôle est d’apporter une première aide et d’accompagner vers les ressources appropriées. Il ne remplace pas un psychiatre, un psychologue, un médecin ou un autre professionnel compétent.

Cette limite est importante pour la personne aidée, mais également pour celui qui aide.

Savoir passer le relais fait partie de la compétence.

Pour un professionnel de santé, cette idée peut résonner plus largement : prendre soin des autres ne devrait pas signifier absorber seul toutes les difficultés auxquelles on est confronté.

Savoir reconnaître ses limites, demander de l’aide ou orienter vers d’autres professionnels participe aussi d’une culture du prendre soin.

Prendre soin des autres, sans s’oublier soi-même

Nous considérons aujourd’hui comme naturel d’apprendre les gestes de premiers secours physiques.

Pourquoi ne pas développer également des réflexes face à la souffrance psychique ?

Se former aux Premiers Secours en Santé Mentale, c’est acquérir des connaissances et des repères pour mieux réagir lorsqu’un patient, un collègue, un proche ou toute autre personne traverse une difficulté.

Mais c’est aussi contribuer à faire évoluer notre rapport collectif à la santé mentale : oser en parler, savoir écouter, reconnaître les difficultés et considérer le recours à une aide comme une démarche naturelle.

Pour les professionnels de santé, cette compétence prend alors une dimension particulière.

Parce qu’ils consacrent leur quotidien à prendre soin des autres, il est tout aussi essentiel qu’ils puissent rester attentifs à leur propre santé mentale et reconnaître leurs limites.

Savoir aider, c’est aussi savoir que l’on n’a pas à tout porter.

Se former aux Premiers Secours en Santé Mentale avec le CHEM Santé

Dans le cadre des ressources proposées aux professionnels de santé, le CHEM Santé propose la formation Premiers Secours en Santé Mentale.

Cette formation permet d’acquérir des connaissances de base sur les troubles de santé mentale, de mieux appréhender différentes situations de crise et de développer des compétences relationnelles pour écouter sans jugement, rassurer et orienter.

Elle permet surtout de disposer de repères concrets pour savoir comment agir lorsqu’une personne ne va pas bien.

Parce que prendre soin de la santé mentale, c’est savoir être attentif aux autres… sans s’oublier soi-même.

→ Découvrir la formation Premiers Secours en Santé Mentale

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